Chaluet (sites archéologiques, Court)
La fabrication du verre
La fabrication du verre nécessite un sable siliceux, un fondant et un stabilisateur. Un sable d'excellente qualité affleure à proximité, à Court, sur les pentes du Mont Girod et dans la région de Bellelay, d'où provient également le sable argileux réfractaire des creusets. Le fondant utilisé dans les verreries de Chaluet est une cendre riche en potassium et un calcium qui s'obtient par la combustion de végétaux (bois). Le calcium fait office également de stabilisateur. L'ajout de minéraux particuliers permet de teinter le verre. Le mélange de sable et de cendre subit un grillage sur une sole chauffée ; cette opération provoque une première réaction de éléments entre eux et donne naissance à un agglomérat : la fritte. Celle-ci est broyée avant d'être mise à fondre durant plusieurs heures dans les creusets disposés dans la chambre de fusion. Concentrés sur la production de petits objets en verre, les souffleurs de Chaluet utilisaient des soufflets modestes, dont la contenance n'excédait guère 10 litres.
Les modifications minéralogiques observées sur les creusets et les éléments du four [de la troisième verrerie] de Chaluet indiquent que la température de la chambre de fusion atteignait près de 1500°C.
(Christophe Gerber e.a. 2005, p. 66)
Le verre jurassien
Dans l'arc jurassien, la fabrication du verre ne semble pas remonter au-delà du Moyen Age. Les premières mentions de verreries datent des XIVe et XVe siècles : La Heutte (BE) et Klus-Balstahl (SO). Cette activité ne connaît sont véritable essor qu'aux XVIIe-XVIIIe siècles sous l'impulsion notamment de maîtres-verriers arrivés de Forêt-Noire, qui entrent alors en concurrence avec les fondeurs de fer dans l'exploitation des forêts. Consommatrices effrénées de bois, les verreries sont souvent reléguées dans des lieux reculés, à l'écart des grandes voies de communication. Traditionnellement, elles sont établies en forêt même et fonctionnent quelques années seulement, jusqu'à l'épuisement des bois concédés. Habitués à de fréquents déplacements, les verriers démontent alors les bâtiments d'habitation et de fabrication pour les remonter ensuite sur le nouveau site de production. Cette mobilité extraordinaire est une de particularités des verreries médiévales européennes.
(Christophe Gerber e.a. 2005, p. 64)
Claude Juillerat et François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997 (complété en 2008 : Ludwig Poget), 1/12/2005
Dernière modification: 28/06/2010
Bibliographie
Gustave Amweg, Les arts dans le Jura bernois et à Bienne, 2, 1941, pp. 403-446
André Rais, « Les deux verreries de Chaluet », in Les Intérêts du Jura, 25/7, 1954, pp. 137-150
Guy-Jean Michel, « Familles verrières et verreries dans la principauté de Porrentruy aux XVIIe et XVIIIe siècles », in ASJE, 88, 1985, pp. 51-83
Regula Glatz, Hohlglasfunde der Region Biel. Zur Glasproduktion im Jura, Bern, 1991
Claude Juillerat, François Schifferdecker (réd.), Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, Porrentruy, 1997
Christophe Gerber e.a., « L'exploitation artisanale et préindustrielle des ressources naturelles », in Archéologie suisse, 28/2, 2005, pp.56-66